Si les concepts de fake news et post-vérité semblent définir notre monde contemporain, le Moyen Âge n’était-il pas déjà l’empire du faux ? De la fausse donation de Constantin aux évangiles apocryphes, des fausses reliques aux faux monnayeurs, des milliers de fausses chartes aux comptabilités trafiquées, pourquoi la tromperie semble-t-elle régner à cette époque ?
À y regarder de plus près, le faux vécu et pratiqué au Moyen Âge, loin d’être homogène, n’épouse pas nos tranchantes certitudes contemporaines. Car ces dernières tirent leurs origines d’un long cheminement qui, du XVIIe au XIXe siècle, n’a laissé de place que pour le blanc et le noir, le vrai et le faux. Il faut abandonner la notion figée de « faux médiéval », pour porter l’attention sur les « régimes de faux » et de tromperie, de forges et de forgeries. Ces derniers révèlent un rapport au savoir et à l’écrit, ainsi qu’une conception du pouvoir étonnants. Les médiévaux cherchent davantage à forger leur vie et forcer leur destin qu’à falsifier stricto sensu des documents.
En ce début du troisième millénaire, le savoir connaît une révolution comparable, avec l’explosion du numérique qui s’accompagne elle aussi d’une viralité du faux. S’interroger sur sa constitution est en creux une manière d’éclairer ce qu’est le vrai. Une réflexion nécessaire, impérieuse.
Professeur en histoire médiévale à l’Université catholique de Louvain, Paul Bertrand s’intéresse aux cultures graphiques et textuelles médiévales. Il a notamment publié Les Écritures ordinaires. Sociologie d’un temps de révolution documentaireentre royaume de France et empire, 1250-1350 (Publications de la Sorbonne, 2015).
"Dans un essai surprenant, l'historien décrit la multiplication des « forgeries » au XIIe siècle et le début de la longue lutte contre celles-ci."
"L’ouvrage publié par Paul Bertrand appelle fortement l’attention. Il nous montre que les usages de l’écrit, variables dans la durée, ont pu servir alternativement le vrai et le faux, d’une manière plus complexe que l’a cru longtemps une certaine historiographie, obsédée par le déchiffrement et la dénonciation des forgeries. L’idée de la fiction s’opposant à la véracité a mis en réalité longtemps à se définir."
"Fascinant. À notre époque de la « post-vérité » ou des fake-news, cet essai nous interroge sur la viralité du faux, devenue un « enjeu social majeur »."
"Paul Bertrand relève avec brio le défi, en un style vif et percutant, fourmillant de formules chocs. Faux, fausseté, fiction, les registres de croyance s’entremêlent. Et l’auteur excelle pour en débrouiller l’écheveau. Ce livre qui offre une approche totale de l’écrit médiéval, à travers le faux, appelle à instaurer une veille de l’information d’aujourd’hui. Le recul est certes nécessaire. Cet ouvrage en propose les bases, « à une société qui bascule dans l’effroi.»"